Une nouvelle dynamique culturelle s’installe au cœur des ateliers de création dans la ville de Bukavu. Depuis le 3 novembre 2025, le collectif Teraoctet Spirituel Thérapeutique de la Matière (TSTHEM’ART) déploie son projet intitulé « La coupe du coup », une initiative qui ambitionne de reconnecter les jeunes artistes aux ressources naturelles disponibles dans leur quotidien. L’objectif est clair : leur transmettre les techniques de fabrication de matières premières locales pour la peinture, dans une approche à la fois économique, écologique et créative.
Dès les premières heures de formation, l’ambiance est saisissante. Entre les bols d’argile, les fibres végétales et les écorces d’arbres, les jeunes découvrent un monde où la couleur ne s’achète pas, mais se fabrique.
Pour Mupenzi Benito, artiste et initiateur du projet, cette démarche est avant tout une invitation à revaloriser ce que l’environnement offre.
« Nous vivons entourés de ressources que nous ignorons souvent. Mon rôle est simplement d’ouvrir les yeux des jeunes sur cette richesse », explique-t-il, penché sur un mélange d’argile encore humide.
Son approche s’appuie sur une expérience personnelle qui a marqué son parcours artistique. Il raconte comment il a exploré deux types d’argiles collectées à Kadutu, qu’il a mélangées à la sève du cyprès et à celle d’une plante locale appelée « karhoza ». Ce travail patient et expérimental a donné naissance à sa première toile réalisée entièrement avec des pigments naturels : « Les morts ne sont pas morts », une œuvre profondément inspirée du poète Birago Diop.
« J’ai voulu prouver que la terre peut raconter une histoire, et qu’elle peut le faire avec force », confie-t-il, en caressant la surface séchée de son tableau.
Dans l’atelier, chaque geste compte. Les jeunes apprennent à réduire l’argile en poudre, à filtrer la sève, à tester les mélanges, à observer les nuances. Cette relation intime à la matière suscite rapidement une transformation intérieure chez les participants.
Pour Mupenzi, l’essentiel n’est pas seulement de transmettre une technique, mais un état d’esprit. « Je ne viens pas imposer une méthode. Je veux que chacun découvre sa propre voie, sa propre couleur intérieure », insiste-t-il, le regard tourné vers un groupe concentré sur leurs premiers essais.
Progressivement, les jeunes s’approprient ce processus artisanal et découvrent une nouvelle façon de s’exprimer. Les peintures qu’ils obtiennent prennent des teintes inattendues : ocre profond, brun chaud, vert terreux. Ces couleurs, façonnées à partir de matières proches et accessibles, deviennent des ponts entre leur imagination et leur réalité quotidienne. Pour beaucoup, cette expérience marque aussi un retour vers une créativité plus ancrée, plus authentique, moins dépendante des matériaux produits en série.
Entre découverte et redécouverte, « La coupe du coup » devient un espace de résilience. Chaque participant apprend non seulement à créer, mais aussi à observer son environnement autrement, à reconnaître des ressources là où il ne voyait que de la poussière ou des arbres sans usage particulier. Cette manière de faire, à la fois simple et profondément enracinée, stimule leur autonomie et leur sensibilité artistique.
En reconnectant ces jeunes à leur environnement, TSTHEM’ART ouvre ainsi une voie nouvelle pour l’art dans la région. Un art nourri par la terre, porté par la sève, et trempé dans la volonté de créer autrement. À Bukavu, l’aventure ne fait que commencer.


